jeudi 6 février 2014

C'est technique... appelle un spécialiste!



Etre paysan, croyais-je, c'est avoir les pieds sur terre. Etre éleveur, croyais-je, c'est prendre soin de son troupeau. Mais ma vision des choses était extrêmement réductrice. Je souhaite parler aujourd'hui d'un aspect pri-mor-dial de la définition d'un paysan: c'est maîtriser la technologie. C'est d'être capable de réparer ses outils, c'est de construire des structures qui l'aideront dans son travail au quotidien. Autant dire que les paysans se meurent. Leurs outils se sont perfectionnés, grâce à la mécanique d'abord, puis l'électronique. Les réparations se sont complexifiées. Et le paysan s'est vu contraint de faire appel à des spécialistes, qui, une fois sollicités, vous envoient ma foi la facture qui va avec la réparation. ça douille.

Mais ce n'est pas tout: je pense aussi au temps passé sur ces machines qui dysfonctionnent. C'est inouï. Et dans notre cas, toutes les réparations ont dû être faites sur du matériel NEUF: eh oui, nous achetons neuf pour être tranquille? détrompez-vous, c'est droit l'inverse qui se passe. Alors que j'écris cela, mon paysan d'époux est en train de s'acharner sur notre balance, celle qui permet d'étiqueter les sachets sous-vide, exigence légale oblige. Elle est retournée deux fois chez le fournisseur. Elle a moins d'un an. Elle est électronique. Elle tombe en panne. Elle n'est pas réparable par mon paysan d'époux. Autre exemple? notre caisson-frigo, celui qui permet de transporter la viande réfrigérée, exigence légale oblige (bon, celle-là me semble justifiée!). Mais que diable, on a acheté le caisson neuf il y a un an. Il est passé en réparation trois fois. TROIS FOIS vous avez bien lu. ça donne envie de hurler. Mais quelle camelote nous vend-on? Réponse, c'est pas grave, vous êtes sous garantie... Mais et le temps que nous y passons? Il est gratuit aussi celui-là? Car, figurez-vous que je n'ai pas d'autre exemple à donner, car pour le reste, et il en reste des montagnes, nous avons favorisé l'occasion. Parfois même des occasions trèèèès anciennes, qui pourtant fonctionnent bien. Je pense par exemple à notre belle balance à poids, capable de peser 500kg avec de jolis poids à l'ancienne représentants chacun 100 kg. Et là, aaaah on respire: pas de batterie, pas de dépendance au pétrole, ni à l'électricité, s'il gèle elle fonctionne, s'il fait chaud elle fonctionne. C'est incroyable. Et elle doit bien avoir, mettons... quatre-vingt ans! Bien entendu, elle n'est pas capable d'étiqueter quoi que ce soit... Par contre elle nous fait gagner un temps fou, et une énergie folle, chaque jour.

Les concessionnaires ont également bien "pensé" aux besoins des éleveurs, et offrent des solutions, moyennant finance bien sûr. ça douille encore. Il faut sélectionner un animal? vous pouvez acheter tout un set de barrières-métal. C'est bien le métal, mais il devient de plus en plus fin et de qualité médiocre (on a acheté de l'inox oxydable, intéressant). Et il faut une énergie monstrueuse pour le produire si l'on tient compte de son extraction, sa fabrication, son transport intercontinental. Bref, à l'heure des beaux discours de développement durable et de décroissance, nous avons préféré FABRIQUER notre sélectionneur, avec du bois. Local. Renouvelable (ce n'est pas de l'Acajou). Il se casse? il faut l'ajuster? tu changes une planche et elle est bonne! Bon, d'accord, les clous et vis sont en métal... faut pas pousser quand même!

Ces petits exemples, c'est juste pour illustrer une prise de conscience profonde, que j'ai ressentie dans mes tripes: celle qui me permet de dire que nous sommes devenus dépendants. Ultra-dépendants d'une grosse machine qui nous tient par la bourse (les mecs, vous pouvez mettre ce dernier terme au pluriel aussi). Quand je parle de dépendance, je pense aux drogues dures. Je parle donc d'une pathologie. D'une maladie. La plus répandue aujourd'hui, c'est celle de l'écran. Il n'y a pas que les paysans qui sont concernés, donc. Nous nous accrochons à des gadgets. Des objets désignés comme IN-DIS-PEN-SABLES. Mais nous avons perdu la capacité de maîtriser nos outils. Et ça, c'est très grave. C'est un monstrueux débat de société qui se cache derrière cela. La maîtrise des outils. Car on me dira: "oui, mais en même temps, c'est important d'étiqueter les sachets pour savoir ce que l'on mange...". Ben oui, dans notre société oui. Mais qu'en est-il si l'acheteur connaît le producteur? L'étiquette perd son sens. Surtout si l'on connaît le prix de l'étiqueteuse et que son prix se répercute sur le produit fini. Non?

5 commentaires:

  1. Vos messages sont rares mais toujours très pertinents et très intéressants. Bravo pour ce beau choix de vie.

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    1. Merci, c'est l'inspiration qui n'est pas toujours au rendez-vous...

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  2. Je suis tombé sur votre blog il y a quelques temps. Depuis, j'y reviens de temps en temps, et oui c'est un choix intéressant que vous avez fait. Peut être le seul véritable choix d'ailleurs. La maîtrise des outils, de la production et tout le reste! Vous avez parfaitement raison, nous sommes des assistés, des dépendants..Ça fait mal au cœur parfois de se rendre compte à quel point. Je vous souhaite une bonne continuation, au plaisir de vous lire. Bruno

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    1. Merci Bruno, ça fait chaud au coeur! Les encouragements sont toujours bien venus... Bonne suite à vous

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  3. bonjour,
    Votre blog fait grandement écho en nous, et c'est chouette de trouver des collègues de cochons à l'herbe.
    félicitations pour la qualité de vos articles.
    Enora et Jérémie, en cours de galère à l'installation http://www.dehorslescochons.com/

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