mardi 24 février 2015

Regards de cochons

Etrange repas du soir que celui d'hier, pourtant similaire aux précédents en terme de qualité, -artichaud et vinaigrette, gratin de choux fleurs - et en terme de compagnie, - mon tendre époux. Nous écoutions une musique que mes contemporains connaîtront peut-être - Alan Parsons project. Et Nicolas s'exprimait sur un sujet politique, très politique, l'agriculture.
Le feu crépitait dans le salon. Tout était bien.
Pourtant. Pourtant je ne parvenais pas à retenir mes larmes. Un immense chagrin.

Je partage avec vous lecteurs mon ressenti, car je sais que pas mal d'entre vous sont également sensibles quant à ce qui était, et reste ce jour la cause de mes tristesses, soit, si l'on prend une certaine distance émotionnelle pour le dire, la souffrance infligée à autrui, souffrance dont je me rends responsable de par ma condition humaine et mon appartenance à cette espèce. La souffrance infligée à autrui, je l'ai déjà abordée dans mon passé de jeune adulte, lorsque je travaillais dans les pays en guerre avec la Croix-Rouge, et que je m'activais, avec une énergie qui aujourd'hui me paraît inouïe. C'est vrai que ma première grande douche froide date de 1994, au Rwanda, lorsque jeunette, j'ai réalisé l'écart entre ce que j'imaginais pouvoir faire pour aider mon prochain, et ce que j'accomplissais réellement. Même si j'ai sauvé des vies, vu d'en haut, c'était proche du comique. Ce dont j'ai été témoin au Rwanda me poursuivra toujours.

Vingt ans plus tard, je me suis distancée des conflits armés et des souffrances que cela génère. (petit a parte: je n'ai jamais pu voir avec la moindre empathie quiconque se rend au combat le sourire aux lèvres, à l'instar de ces photos noir-blanc de 1914, tous ces soldats qui se marrent, croyant qu'ils en auraient pour quelques jours pour mâter l'ennemi. La guerre tue, la guerre saccage, mais elle enrichit quelques uns.)

Je reviens donc à aujourd'hui, et si la situation mondiale, économique et politique, m'intéresse toujours, je suis baignée dans un cadre professionnel qui me mène à me questionner plus sur la relation de l'Homme et de la Nature. C'est là que je vois bien sûr, et je prends un immense raccourci, que cette relation Homme-Nature est complètement imbibée d'une autre relation, quasi mystique - rapport au Dieu Argent, de l'Homme et de l'économie-Monde. Il y a des penseurs et des chercheurs qui s'activent, siècle après siècle pour parler de tout ça. Bien mieux que moi. Ce qui me rend morose c'est que l'appât du gain, l'incommensurable voracité de l'Homme est encore en train de tuer la Nature, sa beauté, sa poésie. Elle rend l'Homme moche.

J'en arrive enfin à l'origine de mon immense chagrin hier soir. Ce n'est pas simple à raconter.
Nous avons emmené deux cochons à l'abattoir. Comme à chaque fois, je leur parle. Je leur dis merci. Je leur dis adieu. Je les accompagne et leur donne à manger, qu'ils se sentent moins inquiets. Je fais disons mon possible pour qu'ils soient le moins stressés possible. Puis la vie continue. Une multitude de petits cochons m'attendent à la ferme, nous devons nous en occuper. C'est un peu comme un cycle. - que bien des gens ne parviennent pas à comprendre. Donc en pensée simple, on dira que oui, je suis triste car mes deux cochons sont morts, à l'heure où j'écris ces lignes. Et bien non. La cause est autre. Ils ont eu une belle vie. Une vie jusqu'à l'âge adulte. Et je suis fière car ils serons transformés et vendus, et ainsi nous pouvons offrir encore une belle vie à d'autres cochons. Et nous ne jetons rien (sauf les pieds, si vous en voulez faites-nous signe, personne n'en achète). Il n'y a pas de gaspillage. La nature est respectée au mieux de ce que nous savons faire, et je pense réellement que nous offrons un peu de poésie dans le paysage. Et surtout un autre modèle dans le champs des possibles.

Non, ma profond tristesse réside dans le fait que j'ai reçu hier mon shoot d'agriculture non-poétique, ou agriculture industrielle ou agriculture productiviste, comme vous voulez.
C'est une confrontation en direct, sans média, sans avertissement, sans écran ni souris pour dire "j'aime" ou "j'aime pas". Sans possibilité pour gueuler qu'on n'est pas d'accord avec ça.
C'est la confrontation avec l'animal élevé dans la souffrance. Pas la douleur passagère mais la souffrance de toute une vie, du premier souffle jusqu'à la mort.
C'est la vision de l'élevage qui consiste à produire mal et dans la souffrance de la viande que vous retrouverez pas chère ou très chère dans vos assiettes. Une viande pleine de flotte. Car la quasi totalité de la viande de porc est produite comme ça.
C'est la confrontation avec les porcs rachetés par une coopérative, devenue groupement financier en fin de compte -aah Dieu Argent tu es là.
C'est le regard de centaines de cochons qui n'ont jamais été vus. Des cochons qui ne sont même pas un numéro.
C'est leur regard apeuré, désespéré, blessé, et pire, résigné, sur moi.
Hier, je me le suis pris en pleine gueule.
Tous des enfants, ils ont à peine six mois.
Coincés entre les barreaux.
Marqués par les bagarres à coups d'onglons, d'hématomes, d'oreilles sanguinolentes, d'yeux au-beurre-noir.
Marqués par un transport traumatisant. Et encore, ceux-là ont probablement fait moins de 100km. Quand on sait qu'il y en a qui traversent l'Europe en camion...

Un seul mot sortait de ma bouche. Un seul: Pardon Pardon PARDON.
Il n'était pas destiné à mes deux cochons. A eux, je leur ai dit Adieu, et merci.

PS ce ressenti - de tristesse, de honte et de dégoût de ce que mon espèce est capable de faire - je l'ai vécu il y a vingt ans: dans les prisons du Rwanda.

mercredi 10 décembre 2014

L’agriculture conventionnelle ne nourrit pas la planète.



La mort de faim est quelque chose d’intolérable. La mort de faim d’un enfant, c’est quelque chose de monstrueux. C’est tellement monstrueux que les mots me manquent. C’est tellement atroce, douloureux que je ne veux, je ne peux pas possiblement m’y attarder. J’ai vu des photos de squelettes vivants, les têtes démesurées et les regards hagards des affamés. J’en ai vu en vrai aussi.  J’ai déjà pleuré. Je ne noterai pas une liste émotionnellement stérile des chiffres et statistiques mondiales de la faim. Pour cela, il suffit d’aller sur les sites d’organismes dont la tâche consiste à quantifier ce dysfonctionnement sociétal. Moi, quand je pense à la faim d’un enfant, ça me pique le cœur. J’ai honte. J’ai honte de la race humaine. Je fais partie des nantis qui n’ont jamais eu faim. Qui ne savent pas ce que c’est. Quand j’étais enfant et que je rechignais à manger, j’ai entendu des adultes dire « pense aux enfants d’Afrique… ». Mais non, je ne peux pas y penser. Qu’est-ce que mes bonnes pensées y feraient ?

Il y a aujourd’hui trop de « gens biens » qui me disent – d’autant plus maintenant que je produis de la nourriture bio – que l’agriculture biologique ne nourrirait pas la planète. Je l’entends tellement souvent celle-là, que j’ai envie de crier fort pour que tout le monde m’entende : l’agriculture intensive, industrielle, chimique et pesticidée ne nourrit pas la planète. Alors arrêtons de déblatérer sur ce sujet. 

Des enfants meurent de faim. Aujourd’hui. 

Pourtant, nous savons tous autant que nous sommes qu’ils meurent de faim pour d’autres raisons que la quantité de calories produites. Nous le savons. Ça n’a rien à voir avec le bio ou le pas bio. Nous savons que la malbouffe tue. Nous savons que nous gaspillons des tonnes et des tonnes de nourriture. Nous savons que la production industrielle – favorisée par notre système - mène à une augmentation proportionnelle de gaspillage comparée à la production familiale et locale. Nous savons que cette dernière est systématiquement détruite à large échelle dans les pays où elle est encore majoritaire. Nous savons que des multinationales spéculent sur la nourriture. Elles sont plus puissantes que les Etats, elles sont au-dessus de toutes les lois humaines. Elles sont d’un cynisme sans nom. Elles peuvent créer des pénuries, des guerres, la faim. 

Pour de l’argent. Pour du profit. Bien joué, la cote monte.

Alors, le prochain mouton qui me sort cette phrase si peu constructive, je lui réponds ici-même : documente-toi ducon.
Et tu liras en effet que certaines études assurent que la productivité de l’agriculture biologique est 25% inférieure à l’agriculture conventionnelle (chimique et pesticidée). Et là ducon tu me diras, ah ! tu vois ? Et là je te dirai : qui a financé ces études ? et tu me diras … euh, c’est une étude sérieuse et scientifiquement prouvée. Et là je te dirai… bon j’arrête, car tu es trop bête pour comprendre.

Maintenant, je reprends mon calme, je respire, et je partage avec vous la dernière étude, ou plutôt méta-étude publiée le 9 décembre dans les Proceedings of the Royal Society en Angleterre. Cette étude a été dirigée par Claire Kremen, professeur de sciences de l'environnement et codirectrice du Berkeley Food Institute de l'Université de Californie. Elle passe au crible trois fois plus de données que leurs prédécesseurs. Ils ont ainsi analysé 115 études de 38 pays, portant sur 52 espèces végétales et couvrant trente-cinq années. http://rspb.royalsocietypublishing.org/content/282/1799/20141396

Là, je me sens mieux. Nous quittons le niveau du bar de bistroquet et on s’élève un peu mentalement. Car la conclusion de cette étude me conforte au moins dans mes convictions : lorsque l’agriculture biologique a recours à la polyculture et aux rotations, le différentiel tombe à 9%. En d’autres termes, c’est la diversification qui permet d’augmenter la performance de l’agriculture biologique. Si l’on ajoute à cela d’autres considérations – investissements dans la recherche agronomique pour améliorer les rendements, environnementales, gaspillage alimentaire dans l’industrie, et bien, oui, je le dis haut et fort, oui, l’agriculture biologique nourrit la planète. 

C’est la logique du profit qu’il faut abolir. C'est tout un système qu'il faut réformer. Et c'est possible de le faire sans effusion de sang. Il suffit de saisir à pleine main l'once de pouvoir qu'il nous reste à nous petit citoyen - face aux grands qui dirigent ce monde, j'ai nommé les multinationales. Notre pouvoir, c'est celui du consommateur. Le pouvoir de choisir ce qu'on achète. Et vous pouvez ainsi, en tournant le dos à la méga-industrie agro-alimentaire, lutter contre la faim.

Merci de m'avoir lue.

dimanche 24 août 2014

La Ferme du Loriot en 2014 et en photos

Les mois passent, et ma page reste silencieuse. Les mois passent et pourtant, j'ai plein de choses à dire, sans savoir par quel bout prendre le morceau. J'avais nommé le blog "devenir paysan c'est plaisant" avec à l'origine, un objectif simple: informer mon petit réseau personnel de l'avancée des travaux et du projet cochons. Aujourd'hui, nous ne sommes plus dans les travaux, et le projet n'est plus un projet. Nous approchons des quatre ans d'aventure. Alors si le projet devient une vie courante, que la maison est restaurée - bon ok, nous avons attaqué le crépis de la façade... ça reste visiblement un chantier! - et que le blog devrait aujourd'hui être rebaptisé "être paysan c'est souvent plaisant", et bien de quoi vais-je composer mes 2-3 articles annuels? De recettes de cuisine? Non, ce n'est pas moi qui pourrait apporter une touche originale sur ce thème...
j'aime manger, pas cuisiner!!! Donc, en attendant une inspiration qui tarde à venir, voici quelques photos pour ceux qui n'apprécient pas Facebook et le quotidien de la Ferme du Loriot qui y est conté.
Pour commencer, un petit cliché de l'éleveuse de cochons qui prend des rides mais qui, ma foi, me plaît bien. Vous noterez au passage que mes yeux brillent car je m'apprête à enfourner un bout de pizza...

Donc, démarrons avec notre principale production, les cochons. Tout d'abord, il y a les mères, et le père, Pif. Qui est pif. Et savez-vous ce que pif veut dire? On nous l'a donné car il était pif. Or c'est un adorable papa, à la tête bien sympathique, et qui adore se faire papouiller par moi. Le voici donc, qui regarde le photographe. Un bon gars je vous dis! En fait, mes reproducteurs requierent pas mal d'attention pour un problème bien précis, c'est qu'ils ont des poux (hiboux cailloux) et que je rechigne tant à les piquer à l'Ivomec, produit bien chimique qui m'est recommandé par les vétérinaires. Les huiles essentielles ayant un impact malheureusement limité, j'ai commencé à les épouiller simplement. Donc j'y passe du temps, mais au moins, ils se grattent moins. Et l'avantage, c'est que je passe des bons moments d'intimité avec eux. Cela dit, si quelqu'un a un bon conseil à me donner pour les poux, je suis preneuse... Pas de shampoing au pétrole quand même!


Et puis, s'il y a les mères + Pif  et bien après trois mois, trois semaines et trois jours, soit le temps de gestation, nous obtenons un joli résultat: des merveilleux porcelets qui nous ravissent à chaque portée. Nous allons fêter notre deux-centième porcelet né à la ferme! Pas mal hein, en deux ans de reproduction... avec le score (on aime les chiffres nous les paysans... on aime se comparer... hé hé... tellement humain), donc avec le score de 10,33 porcelets par mère et par portée. Pas mal pas mal. Nous sommes plus présents durant la mise-bas qu'à nos débuts, et c'est une bonne chose. Les mères aiment ça je crois. Allez, je vous en remets une... on les aime tant.

C'est étrange, sur Facebook, j'avais posté, toute fière, quelques photos de porcelets, et la réaction des visionneurs fût: "ne les tuez paaaaas!". J'en suis restée pantoise. ça pourrait être un autre sujet d'article tiens! Enfin, je dirais simplement: avant de parler de leur mort, laissons-les viiiiivre! Et j'ajouterais: heureusement que je n'ai pas les 200 porcelets devenus adultes sur mes pauvres 8,5 hectares! et je finirais par une dernière petite question: vous en voulez un? parce qu'après un an, ça pèse 200 kilos, et ça mange 365 fois 3 kilos de mélange d'aliments... Mais, suffit de nous le dire!

Donc, c'est aussi cela l'élevage de cochons plein air. S'organiser pour que nous puissions aisément les nourrir, stocker leur nourriture et la paille, que le travail au quotidien reste un plaisir. Et cette année, on peut dire que nous avons atteint cet objectif avec la construction d'un bel hangar en bois, et d'un silo en chêne dans l'ancienne grange, d'une capacité de 20 tonnes (il a fallut renforcer les poutres sous le plancher...), venant compléter nos deux silos de 8 et 16 tonnes. Là c'est bon, on assure. Et pour l'aspect travail-plaisir, nous avons eu l'honneur d'accueillir de merveilleux wwoofers, qui nous ont accompagnés dans nos journées laborieuses. Un vrai bonheur, et que d'énergie, que d'ardeur au travail! Tant d'intérêt, et d'échanges de vue sur la marche du monde, tant de rencontres enrichissantes. Une chose est sûre, c'est que nous avons été boostés, à en rester presque sur les rotules!!












Cette année, nous avons aussi souhaité diversifier notre production et miser dans le végétal avec la plantation d'un champ de pommes de terre, 50% Charlottes, 50% Agata. Sur 1000m2. Fernand notre voisin, nous a aidés, une aide précieuse sur les aspects techniques qui nous manquaient niveau butage, et il nous a prêté son arracheuse de patates, une bien jolie machine ancienne très efficace. Parce qu'à la bêche, je ne le sentais pas trop-là... Il nous reste les deux tiers à ramasser. Dieu que c'est dur. Tous mes respects aux maraîchers. Car je le dis: la terre est basse.













Et Nicolas dans tout ça? et bien... c'est lui en tout petit là-bas! il plante les patates. Il a une tendinite à la main droite, et c'est plutôt dur pour lui sur cette photo. C'est pour ça que je l'ai pris de loin!!! 



Et là, il apporte le fourrage en hiver (sans neige) aux Marseillais (z'étaient 13 pour ceux qui connaissent les numéros de départements).


Deux petits clichés pour finir cette bafouille, d'abord en l'honneur de nos deux grands chasseurs, qui adorent également se prélasser dans mes salades lorsque je travaille au potagers. Merci Bogdan et Mirza pour les centaines de rats, rats taupiers, souris et mulots de tout genre qui sont tués, engloutis et digérés jour après jour! Ils nous sauvent vraiment, car vu les tonnes de grains qui dorment dans notre grange...

Et pour finir en beauté, une photo de mon choix. Un brin humoristique. En effet, les cochons goûtent à tout.
 
Amicalement vôtre et à euh... à dès que possible!




jeudi 6 février 2014

C'est technique... appelle un spécialiste!



Etre paysan, croyais-je, c'est avoir les pieds sur terre. Etre éleveur, croyais-je, c'est prendre soin de son troupeau. Mais ma vision des choses était extrêmement réductrice. Je souhaite parler aujourd'hui d'un aspect pri-mor-dial de la définition d'un paysan: c'est maîtriser la technologie. C'est d'être capable de réparer ses outils, c'est de construire des structures qui l'aideront dans son travail au quotidien. Autant dire que les paysans se meurent. Leurs outils se sont perfectionnés, grâce à la mécanique d'abord, puis l'électronique. Les réparations se sont complexifiées. Et le paysan s'est vu contraint de faire appel à des spécialistes, qui, une fois sollicités, vous envoient ma foi la facture qui va avec la réparation. ça douille.

Mais ce n'est pas tout: je pense aussi au temps passé sur ces machines qui dysfonctionnent. C'est inouï. Et dans notre cas, toutes les réparations ont dû être faites sur du matériel NEUF: eh oui, nous achetons neuf pour être tranquille? détrompez-vous, c'est droit l'inverse qui se passe. Alors que j'écris cela, mon paysan d'époux est en train de s'acharner sur notre balance, celle qui permet d'étiqueter les sachets sous-vide, exigence légale oblige. Elle est retournée deux fois chez le fournisseur. Elle a moins d'un an. Elle est électronique. Elle tombe en panne. Elle n'est pas réparable par mon paysan d'époux. Autre exemple? notre caisson-frigo, celui qui permet de transporter la viande réfrigérée, exigence légale oblige (bon, celle-là me semble justifiée!). Mais que diable, on a acheté le caisson neuf il y a un an. Il est passé en réparation trois fois. TROIS FOIS vous avez bien lu. ça donne envie de hurler. Mais quelle camelote nous vend-on? Réponse, c'est pas grave, vous êtes sous garantie... Mais et le temps que nous y passons? Il est gratuit aussi celui-là? Car, figurez-vous que je n'ai pas d'autre exemple à donner, car pour le reste, et il en reste des montagnes, nous avons favorisé l'occasion. Parfois même des occasions trèèèès anciennes, qui pourtant fonctionnent bien. Je pense par exemple à notre belle balance à poids, capable de peser 500kg avec de jolis poids à l'ancienne représentants chacun 100 kg. Et là, aaaah on respire: pas de batterie, pas de dépendance au pétrole, ni à l'électricité, s'il gèle elle fonctionne, s'il fait chaud elle fonctionne. C'est incroyable. Et elle doit bien avoir, mettons... quatre-vingt ans! Bien entendu, elle n'est pas capable d'étiqueter quoi que ce soit... Par contre elle nous fait gagner un temps fou, et une énergie folle, chaque jour.

Les concessionnaires ont également bien "pensé" aux besoins des éleveurs, et offrent des solutions, moyennant finance bien sûr. ça douille encore. Il faut sélectionner un animal? vous pouvez acheter tout un set de barrières-métal. C'est bien le métal, mais il devient de plus en plus fin et de qualité médiocre (on a acheté de l'inox oxydable, intéressant). Et il faut une énergie monstrueuse pour le produire si l'on tient compte de son extraction, sa fabrication, son transport intercontinental. Bref, à l'heure des beaux discours de développement durable et de décroissance, nous avons préféré FABRIQUER notre sélectionneur, avec du bois. Local. Renouvelable (ce n'est pas de l'Acajou). Il se casse? il faut l'ajuster? tu changes une planche et elle est bonne! Bon, d'accord, les clous et vis sont en métal... faut pas pousser quand même!

Ces petits exemples, c'est juste pour illustrer une prise de conscience profonde, que j'ai ressentie dans mes tripes: celle qui me permet de dire que nous sommes devenus dépendants. Ultra-dépendants d'une grosse machine qui nous tient par la bourse (les mecs, vous pouvez mettre ce dernier terme au pluriel aussi). Quand je parle de dépendance, je pense aux drogues dures. Je parle donc d'une pathologie. D'une maladie. La plus répandue aujourd'hui, c'est celle de l'écran. Il n'y a pas que les paysans qui sont concernés, donc. Nous nous accrochons à des gadgets. Des objets désignés comme IN-DIS-PEN-SABLES. Mais nous avons perdu la capacité de maîtriser nos outils. Et ça, c'est très grave. C'est un monstrueux débat de société qui se cache derrière cela. La maîtrise des outils. Car on me dira: "oui, mais en même temps, c'est important d'étiqueter les sachets pour savoir ce que l'on mange...". Ben oui, dans notre société oui. Mais qu'en est-il si l'acheteur connaît le producteur? L'étiquette perd son sens. Surtout si l'on connaît le prix de l'étiqueteuse et que son prix se répercute sur le produit fini. Non?

dimanche 16 juin 2013

Cochons sympas

Petite note de marché et leçon du jour: c'est toujours amusant de découvrir le monde à notre grand âge. Voici la dernière révélation.

L'autre jour, nous avons transformé deux beaux cochons qui nous étaient très sympathiques. Bon caractère, agréable comportement, plutôt joviaux, et finalement magnifiquement conformés. Cela veut dire qu'ils avaient un beau physique en d'autres termes. Jolis jambons, rôtis splendides, pieds dignes des grandes assiettes etc... Nous avons donc joué du couteau, en pensant que ces deux cochons nous avaient fait un beau cadeau. Je pouvais vraiment être très fière, non seulement de notre travail, mais aussi du résultat de ce dernier.

Une fois au marché, les clientes et clients m'achetaient ces belles pièces de viande, et au début, je leur disais: "bon choix, et en plus, ce cochon était vraiment sympa...". Erreur erreur! fallait pas! je voyais à leur expression qu'il n'était pas de bon ton de dire cela. On ne veut pas manger un animal sympa. C'est pas bien. Moi je pensais qu'en disant cela je rendais hommage au cochon. Je lui rendais son âme. C'était une manière de rappeler son bon souvenir. Mais non. Quand on achète un rôti, on ne veut pas trop savoir qu'il y avait un cochon sympa, sinon le rôti devient amer!

A bon entendeur: je dis aujourd'hui "bon choix!" et je finis la phrase dans ma tête. Dans mon coeur, je suis heureuse de penser que ces cochons ont été élevés dignement. Ils ont échappé à la production industrielle anonyme dans laquelle le porc n'est même pas un numéro. Il ne sera jamais vu par un humain, ni considéré comme un être vivant à respecter.

vendredi 17 mai 2013

Quand on voit ce qu'on voit...

... Et qu'on entend ce qu'on entend... je suis contente de penser ce que je pense. Vous la connaissez certainement celle-là. Et c'est sur cette note que je souhaite démarrer ma page, car je reçois si souvent, trop souvent le commentaire peu constructif de personnes sceptiques quand à la vie qui me disent: "Quand on voit ce qui se fait en Bio...", ...et c'est tout. Ils n'en disent pas plus.

C'est drôle, je ne vois pas, justement... Ces personnes savent que nous avons passé le cap et que, depuis septembre 2012, nous sommes labellisés! Et ce, malgré les remarques (peut-être justifiées, l'avenir nous le dira) de représentants de la Chambre d'Agriculture du Cantal qui ne croyaient pas en notre aptitude à lancer une exploitation agricole en Agriculture Biologique viable. Pourtant, suite à des mesures mesurées, des calculs longs comme ça, et bien entendu des actions par rapport à notre pratique, nous avons eu la grande joie de recevoir notre Certification en Bio. Bon, cela dit, est-ce pour cette raison seulement que ces personnes nous harponnent pour dire: "quand on voit ce qui se fait en bio..."? - Notre approche et notre perception de l'élevage, nos objectifs, notre sensibilité écologique, tout indiquait que nous participerions à une agriculture autre que celle préconisée par la grande Europe. Mais nous avons dû être imaginatifs pour effectivement faire le pas. Il y a des contraintes, dont une, pas des moindre, et qui motivait certainement les remarques de ladite Chambre d'agriculture, soit la contrainte du financier. Mais je passe ce sujet, très vaste mais pas très sexy. Il y a un autre aspect qui nous a motivés pour être candidat à ce label qui fait tant parler de lui. Une conviction. Celle qui consiste à croire que fondamentalement, notre société va de travers, qu'elle marche même sur la tête. C'est plus fort que nous, et c'est une pensée profondément incrustée dans notre esprit, notre conscience, et qui nous gâche souvent notre petite vie, en quelque sorte. Car c'est lourd de garder les yeux ouverts face à certaines caractéristiques abjectes de notre race humaine. (Ce mal dont je souffre a commencé alors que je pleurais comme une madeleine en regardant un reportage TV sur un ras de marée noire quelque part sur la planète terre, avec des oiseaux embourbés dans une vase gluante et répugnante et de gentils bénévoles courageux qui tentaient de les "nettoyer" avec des résultats ma foi bien pitoyables. J'avais en arrière-plan les paroles d'une amie qui résonnaient et qui m'avait dit comment les pétroliers obtiennent leur licence, et j'ai eu les boyaux tordus depuis, à force de savoir comment on obtient le droit d'agir, mal -. Donc, nous marchons contre le courant majoritaire. En agriculture, la majorité s'inscrit encore dans le productivisme: produire plus, plus vite, et pas cher. Bon, je croche sur le terme "pas cher", mais c'est quand même la tendance. Merci les subventions. Merci les pétroliers. Petit dialogue reproduit pour vous: "dis, voisin, que mets-tu sur ton champ là bas? un produit qui rendra mes céréales plus grosses! ah? et ma paille plus dure et grande. Aah?! Je la vendrai mieux. Et, c'est quoi ce produit? (une grande machine passait, avec de looong bras de chaque côté, déversant un produit x). C'est un insecticide. Ah bon? les insecticides rendent les grains plus gros? La paille plus dure?  Et... qu'est-ce qu'il y a dans ce produit? Boh, c'est important? nooon, dans le fond, non..." Et mes boyaux se sont tordus. Encore. Comme si souvent. Et j'ai pensé aux cailles et aux alouettes lulu qui nichent (nichaient) sur le terrain. J'ai pensé aux hirondelles qui commencent à manquer de nourriture. J'ai pensé aux insectes. Morts. Et j'ai été triste.
 
Nous avons appris ici qu'être en bio, c'est une religion. En tout cas, c'est ce que nous aurions pu déduire, quand certains interlocuteurs nous disent, avec une voix affirmative: "moi, je ne crois pas en la bio". Vous me direz, dans quel contexte? je réponds, ben aucun, vraiment aucun... enfin oui, il y a un élément déclencheur, lorsqu'on nous demande ce que nous faisons dans la vie. Du porc plein air et bio.  Réponse: moi je ne crois pas au bio! ça ouvre le débat non?!! Mais pourquoi, pourquoi diable nous disent-ils cela, à nous? Et maintenant, je demande: mais c'est quoi ce qu'on voit en bio? Et si quelqu'un en bio fait une saloperie, pourquoi ne dit-on pas ce qu'il fait, et qui c'est? Et les conséquences de son acte? Pourquoi ne lui demande-t-on pas à lui de rendre des comptes? Ca veut dire quoi: Quand on voit ce qui se fait en bio? Si un gars me dit ça à moi, est-ce que je dois en déduire que je fais n'importe quoi car je suis en bio? pourrait-il s'il vous plaît étayer sa vision des choses, être un tant soit peu plus précis?

Alors j'ai quand même tenté de savoir ce qu'on lui reprochait, à ce salopard en bio. Et, bizarrement, c'était plus flou. Il a fallu insister. Et j'ai su. Et j'ai encore eu les boyaux tordus. Encore. On lui reproche à ce salopard d'être le voisin d'un mec qui asperge ses terrains avec toutes sortes de produits non-biologiques (de la chimie de synthèse). Et comme il n'y a pas de barrière anti-produits chimiques entre les deux exploitations, le mec bio, ce salaud, il vend des produits bio qui ont été aspergés aussi. C'est dingue.

Puis, puis je me suis dit: peut-être que nous dérangeons. ça demande aux non-bio de la dextérité car ils doivent du coup faire attention aux limites de leur terrain pour ne pas asperger leur voisin bio. Ce serait si simple si nous faisions comme tout le monde. Vouloir des grains plus gros comme tout le monde. Pas de coquelicot ni de bluet dans nos champs de céréales. Du propre. Comme tout le monde. Et tant pis pour les alouettes lulus.

Je finirai sur une petite note sympathique sous forme devinette; je la pompe sur une radio Suisse - que j'écoute toujours assidument - qui ponctue les suites musicales par des petites phrases assassines, dont le but est de nous faire prendre conscience de l'absurdité de notre système et que notre humanité en prend un sale coup. Donc voici la devinette: La production d'un kilo de viande de boeuf est aussi nocive pour le climat qu'un parcours en automobile de .... kilomètres. Qui dit quoi?!!

Bon vent à vous chers lecteurs
Signé: une productrice de porcs plein air ET bio, toute courbaturée à force de nager à contre courant.

samedi 12 janvier 2013

Les premiers marchés

Chers amis lecteurs,

Il y a quelques mois, j'évoquais la solitude des paysans, sans m'appesantir sur la question. C'est vrai que Nicolas et moi-même sortons de dix belles journées passées dans un brouillard à couper au couteau... à se demander si des voisins existaient vraiment. Et bien, là, on se sent en effet un peu seul. Les cochons ont beau nous confirmer leur intérêt pour la soupe, rien n'y fait. Mais ces derniers mois, et surtout avant les fêtes, nous avons découvert un nouvel aspect de la vie fermière: les marchés!! voyez comme Nicolas resplendit, à conter nos aventures auprès d'un public fort captivé...


Et moi... je joue littéralement à la star!!

Et bien oui, ces clichés ont été pris par des amis-clients qui se sont rendus à la fameuse Foire de la Châtaigne à Mourjou, le village qui héberge notre petite entreprise. Dois-je signaler qu'il s'agit de LA journée par excellence durant laquelle ce petit village de 350 habitants (+ 2, Nicolas et Véronique!!) accueille des milliers de visiteurs... autant vous dire qu'il y a du travail d'organisation. Certaines années, la commune a compté 20'000 visiteurs, une grande scène du Paléo quoi...

 S'associer à la vie des marchés n'est pas anodin. Faire le pas ne s'est pas fait tout seul. Nous nous trouvons soudain face à un public, nous devenons public. Nous nous trouvons exposés. Et pas de manière anonyme. Et bien, l'air de rien, ça m'a demandé un petit effort, et recevoir un cou de pied au derrière, reçu des organisateurs de la foire de la châtaigne qui nous ont trouvé une bonne place en face de l'Eglise, alors que nous n'avions aucune intention d'y aller cette année encore, car pas prêts, pas de table, pas de parasol, etc... Toutes nos excuses ont été balayées! table et présentoire? prêté. Parasol? prêté. Une pancarte? Il y a un e-shop de photos au Casino-Géant... Bon. Alors nous nous sommes lancés. Et c'est sans regret autant le dire.


Peu après, nous avons reçu - moyennant gnagna euros - notre vitrine frigo avec laquelle nous avons pu briller au marché de Vevey deux samedis de suite, et aux marchés de Noël localement. Quoiqu'à Vevey, nous avons failli rater le rendez-vous, avec un véhicule tout terrain qui a fait grève, juste le matin du marché... La panne. Simplement. Nous en pleurions de désespoir. MAIS, mais nous avons des amis foooormidables, qui se sont décarcassés pour trouver une issue, et à la dernière seconde, nous montions notre vitrine sur cette belle place du bord du Léman, par un temps des plus cléments. Merci Sylvain, Merci Hilde. Et aussi un merci à Brigitte qui nous a aidé dans la mise en place, la décoration et la tenue du dernier marché de Noël à Cahors, préfecture du département voisin. Un joli marché de producteurs bio du Lot, et nous et nous et nous! En fait, ils nous ont fait une fleur, les producteurs bio du Lot, vu notre cantalitude, mais nous ne pouvons que les remercier de nous avoir acceptés.





Donc, voilà ce que ça donne, des professionnels du cochon plein-air en action, derrière leur stand tout neuf!!!
Et voici le stand en entier: avec la fameuse pancarte, que certains d'entre vous ont pu déjà admirer avec ses jolies photos de nos truies. Vous noterez que ce stand est super coloré avec ses jupettes rose pétard, que le commercial nous a vendu comme du "framboise"!!! Nous voulions changer du blanc cassé et du gris-mode. Là, je crois que nous avons tapé fort! Et notez aussi que le bleu du parasol, se retrouve dans le bleu de l'arrière-fond de la pancarte... pur hasard!!

Bon. Fin mot de l'histoire: nous gravissons petit à petit les échelons et sommes aujourd'hui en train d'acquérir une esquisse de renommée. Mais sans l'aide, le soutien, les mots d'encouragements, les clients contents et qui reviennent, la bienveillance de tous ceux qui croient en notre projet, et bien nous ne serions pas grand chose. Vraiment. Donc fin mot de l'histoire: MERCI!